Hommage tardif à San Antonio
On est comme on naît. ou San Antonio mon ami
J’aime San Antonio, ce commissaire très particulier, atypique, ce personnage pleins d’humour et de tendresse pour l’humanité, même pour les méchants (très nombreux) qui l’entourait. Dire que ces aventures ont été les compagnons de route d’une adolescence en quête de modèle serait surement exagéré et le ferait surement bien rigoler, mais, cela me va.
J’adorais son style, mélange de grossièreté et de mots triviaux qui ravissait le puceau que j’étais, et les allusions, énormes et suggestives qui fleurissaient au détour d’une phrase faisaient naitre en moi des visions oniriques proches de l’orgasme. On pourrait utiliser le mot "potache" pour définir le sentiment général, mais ce serait un doux euphémisme. San Antonio, c'est du lourd, de la série Z par excellence. Ami de la littérature fleurie, passez votre chemin et vous qui aimez les calembours, ne faites pas la fine bouche devant l'humour gras, et sautez de joie à la vue de jeux de mots témoignant d'une maîtrise fantastique du langage.
Au collège, j’avais le plus grand mal à réciter, surtout au tableau, le moindre poème que me sommait d’apprendre un prof souvent lassé de m’infliger zéros pointés et retenues. Mais, les poèmes de San Antonio, je m’en rappelle encore (surtout un), et bien que ma mémoire soit incapable de retenir le nom du village voisin, je suis encore capable d’écrire mon « poème » préfère, signé de mon ami San Antonio. Je cite : -
« Tu ne sais pas ou j'habite
Et tu peux la prendre à deux mains. »
Magnifique non ? Un délicieux et si direct demande d’amour -Non ? Toujours indécis entre politesse et enthousiasme délirant ? A vraiment, nous n’avons pas les mêmes valeurs, vous mériteriez que je vous envoie son fidèle Baffeur et Adjoint, l’innommable Berurier, être impudique, ivrogne, énorme. Ah, celui-là, il vaut mieux l’avoir sur le ring qu’à sa table, un bouffe-tout qui vous racle bien net le frigo en moins de deux, et faites gaffe à la gamelle de votre cabot, ça craint. Il a une femme, Berthe, (quel nom vulgaire pour une matrone hors norme) qu’il admire, admiration pas forcément réciproque si l’on en croit ses leitmotivs à son sujet « La grosseur des bourses est en rapport avec les performances sexuelles: si l'intendance ne suit pas, la bataille est de courte durée. » No comment !!
Quand on aime, on ne compte pas, mais les ouvrages de lui qui me sont passés par les mains doivent bien atteindre la centaine. Je sais qu’il en a publié 170 sous le nom de San Antonio et approximativement une quarantaine sous son vrai nom, Frederic Dard. Mon ami, tu as disparu en 2000, il est temps que tu réapparaisses, même dans les kiosques de gare.
S. A , je t’aime .